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Réflexions d\'une formatrice habilitée après 18 mois de formation des maîtres de chiens susceptibles d\'être dangereux.
Michèle Jeanmart 05-Sep-2011 / 00:00

Réflexions d’une formatrice habilitée après 18 mois de formation des maîtres de chiens susceptibles d’être dangereux.

(Présentation faite au congrès CIEC d’Angers, le 22 avril 2011)

 

POURQUOI J’AI CHOISI DE DISPENSER CETTE FORMATION


·         Parce que je savais que je pouvais vraiment apporter quelque chose aux gens qui viendraient me voir.

·         Un pari : faire en sorte que ces « clients » obligatoires sortent de chez moi satisfaits, et éventuellement en ayant changé leur vision du chien.

·         Un moyen de me faire connaître dans la région, et de diffuser les méthodes positives d’éducation.

 

COMMENT


·         Soit en une journée, avec ou sans chien, au choix des clients ; soit  en plusieurs cours, pour les propriétaires de jeunes chiens n’habitant pas trop loin.

·         Je suis le programme imposé : Législation, Connaissances du chien (développement, communication, apprentissage, « fonctionnement »), Les différents types d’agression et leur prévention.

·         J’insiste sur ce qui est le plus important à mon sens, c'est-à-dire, en résumé :

Un chiot équilibré, autocontrôlé (importance du choix de l’élevage !)

+ « Socialisation + Cadre + Activité » 

+ Contrôle par le maître

= un chien qui ne peut pas être dangereux.

·         Je délivre à chacun un document écrit : « Notions de base pour une  relation harmonieuse entre le maître et son chien. »

·         La partie pratique set déroule dans un jardin privé, clos de murs. Deux volets :

L’obéissance aux ordres simples : démonstration et pratique en éducation positive. 

La rencontre entre congénères : mon propre chien, un fox-terrier, est systématiquement présent.

·         Tarif : 80 € sans le chien, 100 € avec le chien. Ces prix s’entendent par foyer (et non par personne ou par chien !).

 

CHIFFRES


A ce jour : 28 journées de formation.

A  des groupes de  1 à 14 personnes, auxquelles j’ai délivré 166 attestations d’aptitude.

Concernant 145 chiens : 7 Pitbulls, 42 Amstaffs, 96 Rottweilers.

 

OBSERVATIONS


·         Absence des autres chiens de catégorie 1 (Boerbulls, Tosa sans papiers) et 2 (Tosa avec papiers).

 

·         2 types d’attitude chez les personnes présentes:

1/ Je suis là uniquement parce qu’on m’y oblige, mon chien est très bien comme il est, je   n’apprendrai rien.

2/ Je me pose des questions et j’espère y trouver une solution : cette formation est bienvenue.

 

·         A propos des chiens présents :

-       Généralement, les gens qui ont emmené leur chien sont contents de l’avoir fait, ils y trouvent un bénéfice : l’observation par un professionnel du comportement de leur chien, et la correction éventuelle de leurs réactions face à leur chien.

-       Pas forcément de correspondance avec l’évaluation vétérinaire : des chiens ne présentant aucun problème qui ont évalués en niveau 2, ou à l’inverse des chiens plus difficiles évalués en niveau 1.

-       Rencontre contrôlée avec un chien inconnu : 2 personnes n’ont pas osé mettre leur chien (des Rottweilers) avec Bingo ;  et un seul chien lui a vraiment fait peur (une Pitbull).

-       Apprentissage d’une technique. J’ai été étonnée par le manque d’éducation de nombreux chiens.

 

·         Propriétaires-type :

-       Rott : famille, personnes d’âge mûr, habitant une propriété close.

Amstaff : jeune, habitant en ville.

-       Absence du propriétaire-type sans doute visé par la loi : le loubard des cités qui terrorise le monde avec son chien.

-       Je n’ai refusé à personne l’attestation d’aptitude.

 

·         Réponses aux questions posées :

-       Pourquoi avoir choisi un tel chien ? 2/3= un choix personnel assumé; 1/3= le choix de quelqu’un d’autre, hasard, cadeau, …

-       Referiez-vous ce choix ? 10 % ne savent pas ; pour les 90 autres % : légère prévalence du oui sur le non. Ceux qui ne le referaient pas invoquent comme raison la loi et ses contraintes.

-       Votre chien vous pose-t-il un problème d’ordre comportemental ? L’énorme majorité répond non ; mais cela ne correspond pas toujours à ce que je constate pour les chiens présents ! Et plusieurs mettent un bémol à cette satisfaction: le manque de sociabilité avec les autres chiens.

-       Le chien a-t-il déjà été évalué par un vétérinaire ? A quel niveau ?

Sur 93 chiens déjà évalués: 52 sont en niveau 1 ; 40 en niveau 2 et un seul en niveau 3.

Les 52 autres n’ont pas encore passé l’évaluation, ou son résultat n’a pas été communiqué au propriétaire.

Le résultat dépend beaucoup du vétérinaire consulté : certains vétérinaires donnent facilement du niveau 1 lorsque le chien ne pose aucun problème, d’autres ont du mal à le faire. Les raisons invoquées pour mettre le chien en niveau 2 (ou 3) sont que le chien est peureux, qu’il a grogné, qu’il est douloureux, qu’il vit avec de jeunes enfants, qu’il n’est pas assez cadré par ses propriétaires, qu’il pèse plus de 20 kgs, qu’il n’est pas sociable avec ses congénères …ou tout simplement que c’est un Rott ou un Staff.

 

·         La laisse et la muselière systématiques abîment la communication des chiens, surtout la communication visuelle avec ses congénères:

Un chien qui semble redoutable muselé peut se transformer en agneau dès qu’on le démusèle. 

Le chien le plus équilibré, le plus sociable que j’aie vu dans mes formations est un Rott mâle castré de 7 ans, qui a vécu ses 2 premières années en toute liberté, en ville, sans laisse ni muselière, ce qui a d’ailleurs valu à son premier maître d’être condamné à s’en séparer.

 

·         Personne n’est venu me contrôler !

 

·         Je n’ai formé que 2 maîtres de chiens ayant mordu (2ème volet de la loi).

 

 

REFLEXIONS


·         Dans un certain sens, la loi concernant les chiens de catégorie va atteindre son but : une diminution du nombre de ces chiens sur la voie publique. Mais elle ne parviendra pas à les supprimer : il restera toujours des amoureux de ces races.

 

·        Il reste toujours aussi, apparemment, des amateurs de combats de chiens, qui continuent à les élever dans des conditions qui en font des bêtes féroces. Ceux-là ne viendront jamais dans nos formations, ils restent hors la loi. En somme, faute d’oser réprimer les vrais fauteurs de trouble dans les cités qui sont devenues des zones de non-droit, on préfère se donner bonne conscience en stigmatisant les « chiens de catégorie » et leurs propriétaires.

 

·        Aspect positif : une prise de conscience par certains propriétaires du danger potentiel que présente leur chien, du fait de leur propre comportement. Cette formation forcée est pour ceux-là l’occasion d’apprendre beaucoup de choses. Certains en avaient vraiment besoin et n’auraient peut-être pas fait la démarche volontairement. Nous savons tous, en tant qu’éducateurs et comportementalistes, que bien souvent quand les propriétaires se réveillent, il est déjà très ou trop tard !

 

·        Fait divers : En novembre dernier à Quimper, un Rottweiler a attaqué et blessé grièvement un homme dans la rue. Le journal a précisé que le chien était en règle, donc, logiquement, il avait été évalué et le maître formé. Toutes ces dispositions sont-elles réellement efficaces ?

 

·        La muselière et la laisse obligatoires désocialisent ces chiens et les rendent, de ce fait, dangereux.

Désocialisation par rapport aux autres chiens : la communication étant abîmée par les outils (laisse et muselière) et les contraintes (interdictions diverses), les chiens désapprennent le « langage » canin, ce qui peut les rendre agressifs envers leurs congénères. Et c’est souvent en voulant séparer des chiens qui se battent qu’un humain se fait mordre.

Désocialisation par rapport aux humains : la muselière fait peur aux gens, qui hésitent à caresser ces chiens, ce qui n’est pas fait pour les rendre sociables ave tout le monde.

 

·        En ce qui concerne les chiens ayant mordu, la loi n’est pas respectée : ignorance ou refus des propriétaires, et même  des vétérinaires et des éducateurs. Il est en effet difficile et illogique de dénoncer en mairie (sachant la stigmatisation et les frais que cela entraînera pour eux) des gens responsables qui ont le bon réflexe, celui de venir nous voir pour faire en sorte que ça ne se produise plus !

 

PROPOSITIONS


·         Les chiens qui ont été évalués en niveau 1 devraient être dispensés du port de la muselière.

 

·         Il n’y a pas de raison valable pour que l’obligation de formation ne s’adresse qu’aux propriétaires de chiens de catégorie.

Cette loi doit être amendée dans le sens des propositions de l’appel des 15000. « Cette politique ne peut passer que par une information à tous les niveaux : au niveau des producteurs, pour la phase de socialisation du chiot ;  des propriétaires des chiens, pour une bonne éducation du chien ; mais aussi des victimes potentielles que sont statistiquement principalement les enfants ; et enfin au niveau du public en général. » voir le site des 4C (Collectif contre la catégorisation des chiens) www.against-bsl.eu

 

·         Au lieu d’être dispensée en une seule journée, elle est beaucoup plus profitable en plusieurs cours, dans le jeune âge, avec une séance de consolidation à la puberté.

 

·         L’évaluation de dangerosité par le vétérinaire devrait avoir lieu après cette formation, après l’âge d’un an.

 

·         La qualité des formateurs est essentielle : améliorer la formation des éducateurs.

 

·         Les villes devraient toutes offrir aux propriétaires de chiens des espaces où faire courir et jouer leurs chiens en liberté, pour favoriser la sociabilité des chiens et leur intégration dans la ville.

 

·         Lorsqu’un chien a mordu : la loi n’atteint pas son but, qui était de recenser les morsures.

Il vaudrait mieux imposer à chaque professionnel mis au courant d’une morsure de consigner cela dans un registre, anonyme, qu’il transmettrait une fois par an aux autorités compétentes. Le propriétaire accepterait mieux de payer quelqu’un qui va régler le problème plutôt qu’un vétérinaire qui ne va que le constater.

 

De Vétérinaire (Comportementaliste) à Educatrice de chiens de compagnie
Intervention lors du congrès du MFEC, en juin 2009 à l\'Ecole Vétérinaire de Maisons-Alfort. Michèle Jeanmart 18-Jan-2010 / 00:00

Deux  aspects : 1/ Mon parcours professionnel : comment j’ai évolué d’une pratique de vétérinaire- comportementaliste à ma pratique actuelle de comportementaliste-éducateur.                         

                              2/ La communication entre les  vétérinaires et les éducateurs.

                                                                                       

1/  Mon parcours

Je suis vétérinaire ; diplômée en 1978, après 6 années d’études qui ne comportaient à l’époque pas  le moindre enseignement sur le comportement des animaux.

Le diplôme de  «vétérinaire comportementaliste » a été créé dans les ENVF en 1998. Contrairement à la profession d’éducateur, celle de vétérinaire est extrêmement  réglementée : pour avoir droit au titre de « vétérinaire comportementaliste »,  il faut avoir suivi une formation postuniversitaire longue et très exigeante, et réussi tous  les examens qui la sanctionnent. J’ai commencé cette formation en 2001 : 2 semaines de cours théoriques en mars, un examen théorique en septembre. Ensuite une semaine de formation pratique (des consultations de comportement), puis la rédaction d’un mémoire comprenant un sujet libre, et la rédaction complète de 9 cas cliniques traités personnellement. Ce mémoire devait être soutenu publiquement en principe 18 mois après la formation pratique. S’il était validé suivait, quelques mois plus tard, l’épreuve ultime de consultation en public.

Cette formation ne comportait pas d’éducation. Mais j’avais choisi de rédiger  mon mémoire sur « les clubs d’éducation canine », ce qui m’a permis de faire un tour de département des clubs et des éducateurs qui y existaient en 2003.

L’éducation m’intéresse depuis toujours : bien comprise, elle constitue la prévention de la plupart des troubles du comportement. Et c’est  tellement plus facile de prévenir que de guérir !

En 2005, lorsque j’ai quitté mon associée, pour de multiples raisons je n’avais plus envie d’exercer  la médecine générale. Mon intention était  de m’installer comme Vétérinaire en exercice exclusif de comportement – ce qui incluait pour moi, forcément,  l’éducation.

Pour m’y former j’ai fait dix jours de stage chez AM Villars, consoeur vétérinaire suisse, qui tient une « Ecole des chiots » pour ses clients depuis quelques années, et qui travaille avec une éducatrice qui s’occupe des chiens ados – méthode traditionnelle. En 2006 j’ai remplacé Anne-Marie à Lausanne pendant 2 mois.

Entretemps j’avais découvert le Clicker, et ensuite le MFEC et Catherine Collignon, chez qui j’ai fait un stage de clicker en septembre 2007, ce qui a été comme une révélation pour moi.

Mais au moment de m’installer comme « Vétérinaire Comportementaliste », l’Ordre Régional Breton des Vétérinaires m’a interdit d’avoir une activité d’éducation en tant que vétérinaire.

J’ai donc opté pour la profession d’ « Educatrice de chiens de compagnie  et Comportementaliste pour chiens et pour chats » que j’exerce aujourd’hui, avec beaucoup de satisfaction.

D’une profession à l’autre, la pratique est différente :

Quand j’étais vétérinaire, j’étais généraliste, et je faisais, en plus, des consultations  de comportement – c’est le cas le plus fréquent ; rares sont les vétérinaires comportementalistes, même diplômés, qui ont abandonné la pratique généraliste. 

Je recevais  les clients et leur animal dans mon cabinet de consultation. J’observais l’animal, conduisais un entretien avec les propriétaires, et pratiquais un examen médical, afin de déceler une éventuelle pathologie organique; je sortais rarement de mon  cabinet avec le chien et les clients.

Tout cela, en principe, ne devait  pas excéder une heure.

Au bout de laquelle il fallait émettre  un diagnostic, un pronostic et un traitement. Ce traitement était une « thérapie comportementale », en d’autres termes une rééducation, que j’expliquais  à mon client, et que je consignais par écrit, mais je ne leur montrais pas, parce que je ne savais pas bien le faire, et parce que cela aurait pris trop de temps. Bref, cela restait  très théorique. Je passais aussi, parfois, par la case médicament – mais  j’avoue que je n’ai jamais eu beaucoup de réussite avec les médicaments. Je donnais au client un RV téléphonique au bout de 2 à 3 semaines, qui  était rarement respecté. Bien souvent c’était moi qui les rappelais. Je voyais rarement les gens plus d’une fois, et ne pouvais donc guère suivre l’évolution des cas, ce que je trouvais frustrant.

 

Depuis que je suis comportementaliste-éducatrice, je fais toujours des bilans de comportement, sur la même base théorique.  Mais dès le premier contact c’est différent :

Soit  je me rends au domicile des propriétaires, ce qui est souvent très riche en enseignements quant à l’attitude du chien chez lui, à son cadre de vie dans sa globalité, et aux habitudes que les gens entretiennent avec leur animal ;

Soit  je les reçois dans mon local, où les chiens arrivent tous en frétillant, rien qu’à l’idée de retrouver Bingo et les potes.

Bingo, c’est mon chien : il travaille tous les jours avec moi. C’est un fox-terrier à poil lisse, qui aura bientôt trois ans. Il a été très difficile à éduquer – il m’a beaucoup appris – et est loin d’être parfait, mais il a une qualité majeure pour un chien : sa sociabilité. Tout le monde l’aime et il aime tout le monde. En fait, il communique à merveille avec ses congénères, et je lui fais entière confiance à ce niveau-là : je sais que quand Bingo a un problème avec un chien, c’est que ce chien n’est pas clair. Tous mes clients ont affaire à lui, généralement pour leur grand plaisir. Ensemble nous arrivons à resocialiser des chiens qui ont désappris la communication intraspécifique, et les maîtres reprennent confiance en leur chien.

 Cela, je pense qu’aucun vétérinaire ne le fait, par manque de temps et de lieux pour le faire, et par manque de pratique.

J’ai la chance de travailler dans une petite ville du bord de mer. Mon local professionnel est en ville, tout près du port, et systématiquement nous sortons, avec le chien et accompagnés de Bingo, faire un tour en ville, à la grève en bas de chez moi, au jardin public à deux pas. Nous croisons des voitures, des gens de toutes sortes, d’autres chiens, des enfants. Cela peut durer une heure, et fait partie intégrante du bilan de comportement : je peux constater moi-même les réactions du chien et du maître dans toutes ces circonstances, et elles sont souvent assez différentes de celles décrites par le propriétaire. Pendant cette promenade, l’entretien continue avec les clients, qui sont souvent plus locaces que dans un cabinet, parce que petit à petit ils se détendent. La durée est importante : je pense franchement que bien souvent une heure ne suffit pas pour obtenir une bonne alliance avec les clients.

Je me suis départie du diagnostic nosographique.

Par exemple en matière d’hyperactivité. Il est certain que la grande majorité des chiens que nous recevons sont en «hyper ». Le vétérinaire comportementaliste va vouloir déterminer si le chien est ou non HSHA (Hypersensible-Hyperactif), et a des critères précis pour cela. Mais  beaucoup d’hyperactifs ne sont en réalité que des chiens énergiques qui manquent d’activité.  Je suis complètement d’accord avec Joël Dehasse à ce propos (*).

Je vais donc préconiser pour ces chiens du cadre et de l’activité, entre autres de l’éducation, là où le vétérinaire, bien souvent,  prescrira d’abord un médicament psychotrope pour « calmer » le chien.

Je dis souvent que le clicker vaut tous les médicaments du monde !

 

Ce qui importe pour moi, c’est de donner aux gens des clefs pour sortir du cercle vicieux où ils se trouvent avec leur chien : c’est ce qu’ils attendent de moi.

D’abord on parle du fond : Je leur explique, de façon  très détaillée,  le fonctionnement de leur  chien, les règles qu’il faut  lui donner, la façon dont il apprend.

Ensuite je leur explique puis je leur montre les gestes techniques qu’il faut faire, ensuite je les regarde les exécuter eux-mêmes, en apportant des corrections si besoin.  

Une fois le bilan de comportement terminé, les clients repartent chez eux avec un document écrit, où sont précisées les consignes à respecter, en ce qui concerne leur communication avec leur chien.

Souvent nous nous revoyons  pour un cours particulier la semaine ou la quinzaine suivante : on fait le point sur ce qu’ils ont réussi à modifier dans leurs habitudes, ce qu’ils ont constaté comme changements, les points qui restent à préciser. En général  ils sont déjà très contents : le chien est plus calme, et eux aussi ; la relation se repositive. Ils reprennent confiance l’un dans l’autre. Et le contact avec Bingo est déjà bien meilleur : le chien a déjà  récupéré des compétences relationnelles intraspécifiques. Je donne alors un premier cours particulier d’éducation : leurre-récompense ou clicker, au choix.

Si les clients le souhaitent, on embraye sur des cours collectifs dès la semaine suivante. Ce qui est intéressant, c’est  de voir semaine après semaine l’évolution du chien et de ses maîtres. Une séance collective dure une heure à une heure et demie. A la fin de  chaque cours je donne des  devoirs à faire pour la fois suivante.

Le vétérinaire –comportementaliste ne voit pas cette évolution ; il ne suit pas les gens de semaine en semaine pendant 2 ou 3 mois, ne passe jamais autant de temps avec les clients. Or c’est l’observation de l’évolution de la relation qui est intéressante, et qui permet de rectifier le tir si besoin.

 

2/ Les relations entre vétérinaires et éducateur

-          Les chiots

Les vétérinaires étant, après les éleveurs, les premiers professionnels que rencontrent les maîtres avec leur chiot (pour le rappel du vaccin, à  3 mois) il est évident qu’ils peuvent être, s’ils le souhaitent, la meilleure source de clientèle  pour les éducateurs.

Ce n’est malheureusement pas le cas : les vétos ont du mal à conseiller activement à tous leurs clients qui adoptent un chiot des leçons d’éducation, dès 2 ou 3 mois. Ils ne le font que si le chiot leur paraît présenter un problème. Pour les chiots « normaux », ils donnent eux-mêmes des conseils, souvent c’est  trop long, purement  théorique, et souvent les clients ne les écoutent que d’une oreille. « On aurait dit qu’il récitait un cours », m’a confié une cliente la semaine dernière. Je le sais parce que je le faisais moi-même et j’en avais parfaitement conscience. Je trouvais ça très insatisfaisant.

Je pense qu’ils feraient mieux de nous les envoyer directement en classe de chiots, où nous accompagnons véritablement  les clients pendant toute la période de l’enfance.

-          Les ados et les adultes

Les vétérinaires généralistes sont indiscutablement mes meilleurs pourvoyeurs de clients en comportement, c'est-à-dire de chiens adultes, et surtout adolescents, qui posent des problèmes à leurs propriétaires.  Avec  quatre à cinq  vétos des environs (pas avec tous, malheureusement), que je remercie pour leur confiance,  avons des échanges très fructueux. Chacun y trouve son compte, et leurs clients leur sont très reconnaissants de les avoir référés à un professionnel compétent.  De plus en plus souvent, ces vétos m’envoient directement leurs clients, sans essayer de se débrouiller par eux-mêmes. Les vétérinaires qui procèdent comme ça disent qu’au contraire de leur avoir fait perdre des clients, ça leur en a apporté, et que ça a consolidé leur clientèle.

Il y a aussi les généralistes qui font eux-mêmes leurs consultations de comportement,  sans  avoir toute la formation des comportementalistes. Beaucoup ont suivi récemment la formation des vétérinaires à l’évaluation comportementale.

Et il y a les vétérinaires comportementalistes diplômés, très peu nombreux, pour qui je n’ai pratiquement jamais fait d’éducation ni de rééducation.

 

Ces vétérinaires-là pourraient très bien, après avoir fait leur consultation de comportement, référer leurs clients à un éducateur pour accompagner les maîtres dans la pratique de la rééducation, chose qu’ils ne font pas eux-mêmes, par manque de temps et, il faut bien le dire,  de compétence pour le faire. Lorsque j’étais à leur place, j’aurais aimé travailler en équipe avec un  éducateur compétent. Mais à l’époque il n’y en avait pas dans ma région. C’est d’ailleurs ce qui m’a donné envie d’en faire ma profession.

 

Ce que j’aimerais pour l’avenir :

Je pense depuis longtemps que les deux métiers, de vétérinaire (comportementaliste ou non) et d’éducateur de chiens de compagnie, sont complémentaires. Et que nous avons tous intérêt à travailler ensemble, pour le plus grand bien des chiens, de leurs maîtres et de la société.

Cela suppose :

1.       Que l’éducation pratiquée soit positive; il est à mon sens inconcevable qu’un vétérinaire préconise une éducation coercitive.

2.       Une entente préalable entre les deux professionnels, qui doivent tenir au client le même discours de base.

3.       Une écoute mutuelle : il est normal qu’un vétérinaire comportementaliste soit directif, il connaît la théorie ; mais il doit être capable d’écouter et de laisser faire l’éducateur qui lui apporte son expérience pratique.

4.       Un échange permanent et bilatéral, avec adaptation progressive aux résultats obtenus.

 

Tout le monde y gagnerait.

L’échec  absolu, c’est l’euthanasie pour une cause comportementale d’un chien qui n’a pas bénéficié des services d’un bon éducateur.

Tout  le monde perd dans ce cas: le chien d’abord, qui perd la vie, le maître qui perd son chien, avec un  sentiment d’échec et de culpabilité terrible,  le vétérinaire qui tue son client, et l’éducateur qui ne l’a jamais eu.

Un  exemple extrêmement fréquent à notre époque de psychose  des « chiens dangereux » : le chien mal socialisé et éventuellement mal cadré au départ, qui à la puberté devient agressif, envers les humains mais le plus souvent envers ses congénères. Il entre alors dans une spirale infernale (désocialisation – manque d’activité – agressivité), qui se termine souvent par un drame  (morsure, abandon et/ou euthanasie), qui aurait pu être évité.

 

Il faut que les éducateurs en méthodes positives informent davantage les vétérinaires de ce qu’ils sont capables de faire : notre métier est encore trop déconsidéré par les vétérinaires qu’il faut amener à nous faire confiance.

Et il faut que les vétérinaires cessent de vouloir garder tout pour eux. Bien souvent ils le font au détriment de leurs clients.  Les vétérinaires  ont une obligation de moyens, et le recours à un éducateur compétent est, à mon sens, l’un de ces moyens. S’ils ne le mettent pas en œuvre, ils risquent, à terme, de mécontenter leurs clients et de les voir partir…

De même que le généraliste réfère  le chien qui s’est cassé une patte à un confrère chirurgien orthopédiste, il devrait référer à un éducateur  ses clients empêtrés dans des problèmes d’éducation.  

Car il me paraît au moins aussi grave pour un client d’avoir un chien mal éduqué qu’un chien boiteux !

 

 


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